VerbaAlpina différencie en principe entre “signification” et “désignation” sur le plan conceptuel et notationnel. Cette distinction résulte d’un modèle élaboré du signe linguistique (cf. Krefeld 2020), parce qu’il est nécessaire de distinguer deux relations sémiotiques : désignation représente la relation entre un signe linguistique et une instance extralinguistique ; ou plus précisément un signe linguistique fait référence à un CONCEPT plus ou moins abstrait ou générique, dont l’existence est indépendante des langues individuelles. Les concepts qui sont thématisés sans être liés à des langues particulières, comme par exemple les procédés et les produits du traitement du lait, sont écrits en lettres majuscules. De plus, lorsque des signes linguistiques sont utilisés dans la communication, ils font souvent référence à des formes très spécifiques ou idiosyncratiques d’un concept. Cette fonction est également appelée ‘référence’ et son objet est le référent. Ainsi, formulé plus précisément, LAIT désigne, le concept abstrait FLUIDE NUTRITIF NATUREL POUR DES MAMMIFÈRES NOUVEAU-NÉS et dans son utilisation concrète, dans certains cas précisément le lait produit par une vache ou une chèvre en particulier et qui peut être identifié comme tel génétiquement. La notation LAIT est choisie lorsqu’il ne s’agit absolument pas du mot français lait avec son histoire linguistique, son origine romane, etc., mais uniquement lorsqu’il s’agit de la chose (du concept).
Le terme signification identifie un concept qui, dans le système lexical d’une langue ou d’un dialecte, est associé de manière fixe avec une forme (phonétique ou graphique) d’un signe, par exemple en français l’association /l/ + /a/ + /i/ + /t/. Les significations sont des concepts lexicalisés de langues individuelles ; elles sont notées entre des guillemets simples ; la notation ita. latte ‘lait’ indique que le mot italien fait référence au même concept que le mot français lait. On pourrait tout aussi bien écrire : ita. latte/fr. lait ‘fluide nutritif naturel pour des mammifères nouveau-nés’. La notation ici décrite est pertinente quand on considère la variabilité historique des mots et de leur contenu. Souvent, il n’est pas nécessaire de différencier entre le concept lexicalisé, le contenu d’un signe, et le concept extralinguistique. Le choix entre la notation de désignation (LAIT) et la notation de signification (‘lait’) dépend de la perspective : lorsque le point de départ est un signe linguistique et lorsque d’une perspective sémasiologique son contenu et ses modifications sont sollicités (cf. Sémantique), les significations devraient être notées. En revanche, si le point de départ est un concept et si d’une perspective onomasiologique, ce sont des désignations éventuelles que l’on cherche, alors la notation d’un concept ou d’une désignation est préférable.
Pour diverses raisons, cette distinction ne doit pas être négligée : pour beaucoup de CONCEPTS, il n’y a pas de désignations lexicalisées dans certaines langues, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de contenu de signe conventionnel correspondant. Mais il est évidemment possible de verbaliser chaque CONCEPT dans chaque langue ou dialecte, même lorsqu’il n’y a pas de signe spécifique disponible, car l’on dispose de règles de formation des mots (compositions, dérivations) ou des paraphrases plus longues. Par exemple, il n’existe pas en français de mot simple spécifique pour LAIT DE VACHE (Wikidata Q10988133), LAIT DE CHEVRE (Wikidata Q1418287), LAIT DE BREBIS (Wikidata Q2736146), etc., mais seulement lait comme désignation du concept hiérarchique subordonné (ou terme générique) LAIT, ou pour être plus précis : FLUIDE NUTRITIF NATUREL POUR DES MAMMIFÈRES NOUVEAU-NÉS (Wikidata Q8495), indépendant de l’espèce biologique. Cependant, on ne doit jamais exclure que certaines langues et certains dialectes possèdent des désignations correspondantes. Ainsi, il existe dans beaucoup de dialectes alpins, mais dans aucune des ‘grandes’ langues standards une désignation du concept BRANCHE, DE CONIFÈRES (Type de base *dasia).
Particulièrement dans les données d’atlas, mais également avec les attestations linguistiques de Crowdsourcing ou de dictionnaires, il faut s’attendre à des imprécisions tout autant dans le domaine des concepts que dans celui des significations. Par exemple, la carte 1199 IL LATTE – MILCH – LAIT ne précise pas si les attestations linguistiques récoltées désignent le concept très générique de FLUIDE NUTRITIF NATUREL POUR DES MAMMIFÈRES NOUVEAU-NÉS, ou éventuellement une concept plus spécifique comme LAIT DE VACHE, ou probablement les deux concepts. Ainsi, il n’est pas dit pour autant s’il existe, le cas échéant, une désignation spéciale pour LAIT DE CHÈVRE, etc.
Dans d’autres cas, des informations factuelles très précises sont données avec l’attestation linguistique, comme illustré par quelques exemples de la légende de la carte AIS 1192 LA CASCINA DI MONTAGNA. Ils montrent que le type morpho-lexical sosta (cf. carte) désigne des réalisations très différentes du concept ÉTABLE D’ALPAGE, qui dans l’esprit de fidélité aux sources, doivent être représentés par des sous-concepts dans la banque de données :
| Type morpho-lexical sosta | ||
| AIS 1192#3 45 (Soglio) | ÉTABLE D'ALPAGE, EN PIERRE, GRANDE | |
| AIS 1192#3 25 (Reams – Rioni) | ÉTABLE D'ALPAGE, LONGUE, ENTRÉE FRONTALE OUVERTE | |
| AIS 1192#3 73 (Corticiasca) | ÉTABLE D'ALPAGE, OUVERTE, TOIT REPOSANT SUR DES COLONNES | |
| AIS 1192#3 70 (Indemini) | ÉTABLE D'ALPAGE, FERMÉE AVEC DES MURS | |