Le concept BUTTERFASS et plus spécialement le soit-disant STOSSBUTTERFASS est désigné par de nombreux synonymes géographiques.
Certaines désignations ont dans leur radical une ressemblance phonologique tellement évidente qu’on ne peut quasiment pas mettre leur appartenance en question :
(1) roa.pigna, avec les variantes des voyelles [ɪ, e, ɛ, a] etc.;
(2) sla.pinja, un romanisme manifeste, puisque son aire de répartition est connectée à (1);
(3) roa.pinacc, une forme avec suffixe de (1);
(4) roa.panaglia (avec une variante ici avec une voyelle initiale du radical non accentuée qui correspond à celle dans (1)); avec ce type ce sont les variantes avec les voyelles du radical non accentuées qui dominent [a]
.
(5) Le type également connu en italien standard pignatta 'pot' ainsi que sa variante masc. dialectale fréquente (cf. AIS 973) est à mettre en relation avec (1) ; il est certes plutôt documenté avec le sens ‘pot en terre cuite’ dans le territoire étudié par VA (cf. AIS 955), mais il désigne en-dehors de ce territoire, notamment en Émilie-Romagne expressément un pot, dans lequel sont créées de petites portions de beurre en battant (avec une cuillère en bois entre autres) (cf. la légende du AIS, Karte 1206, type C).
Morphologiquement et sémantiquement il va de soi de penser à un type de base pigna comme une désignation de contenant. Le type de désignation suivant plaide également en faveur d’un tel type de base comme désignation pour le concept général de BUTTERFASS, soit RÉCIPIENT POUR LE BARATTAGE :
latte di pigna BUTTERMILCH, soit mot-pour-mot ‘lait de la baratte’ (en trentin).
Scientifiquement, il est intéressant que la STOSSBUTTERFASS d’apparence archaïque comparée à ses désignations ne soit justement pas la technique la plus ancienne, comme le montrent ses désignations spécifiées en romanche panaglia lunga,, mot pour mot ‘longue baratte’ et panaglia dret sü, mot pour mot ‘baratte dressée’ (en Basse-Engadine) (cf. AIS 1206).
Toutefois, le renvoi suggéré de l’ita.pignatta à l’ita.pigna 'pomme de pin' (< lat. *pīnea[m]) – "prob. [...] per la somiglianza di forma delle più antiche pignatte con una pigna" – n’est pas convaincant d’un point de vue sémantique ; certes la forme conique de certains pots en terre cuite ou en bronze peut rappeler celle d’une pomme de pin (cf. DELI). Mais un indice historique scientifiqueplus sérieux pour l’étymologie est indiqué par la carte AIS déjà citée 955 LA PENTOLA (PIGNATTA) DI TERRACOTTA : elle comporte également une liste de désignations du VASE EN BRONZE (AIS 955_2), qui ont été en partie transférées dans le territoire alpin en particulier, puisqu’elles dérivent d’un matériel complètement différent pour la fabrication de casseroles, à savoir du soit-disant Speckstein, ita.steatite, laveggio, allemand aussi Lavetz(stein) (cf. le commentaire à propos de AIS-Karte 963, LA MARMITTA ainsi que AIS 970 IL VASO PER LO STRUTTO). Ce matériel polyvalent et en comparaison facile à utiliser grâce à sa dureté inférieure, et qui fut surtout exploité dans les montagnes lombardes et tessinoises, était également utilisé pour la manufacture d’autres objets, comme par exemple de fours, qui sont en romanche aussi appelés pegna,, roh. (engadin) pigna (HWdR, 571; LRC, 798; pigna, pegna 'four en stéatite' cf. le commentaire de l'AIS 937; ces fours sont d’ailleurs “quasiment cubiques” (AIS 937, Kommentar) et n’ont aucune ressemblance avec des pommes de pin.
Ainsi, il s’agit ici d’un cas clair de polysémie métonymique (et pas d’homonymie) ; pigna 'four' et pigna '‘récipient pour le barattage’ sont nommés d’après le matériel à partir duquel les deux ont été construits – la stéatite. Il n’est cependant pas absolument indispensable de supposer un étymon pré-romain, comme le suggère Alexi Decurtins dans LRC, 798) pour le romanche pegna | pigna 'four'. Mais en revanche officiellement, la proposition *pinguia (du lat.pĭnguis 'gras') de B.B. Pellegrini entrerait en ligne de compte comme étymologie. Cependant pas de manière elliptique de pinguia(m) (ollam) au sens du ‘récipient (= lat.olla) pour le gras’ ("Recipiente particolare per conservare il grasso, fosse esso strutto, sugna, o burro cotto, oppure un arnese elementare per fare il burro" ([1976, S. 171 cit. DELI 928]), mais aus sens d’un minéral ou rocher analogue à une matière grasse de par son apparence ou sa consistance (cf. inspiré de manière analogue, l'allemand Speckstein). Par conséquent lat.*pinguia (petra) ‘stéatite’ est suggéré comme type de base pour (1)-(5).
Les nombreuses formes avec la voyelle du radical [ɐ, a] présentent une grande influence onomasiologique évidente de par panna 'crème' à séparer étymologiquement. En revanche, n’appartiennent pas à ce type
(6) lombard pench,roh.paintg 'beurre', qui renvoie plutôt à pĭnguis 'gras' (HdR).
(7) roh.penn 'babeurre'
pourrait être une régression sur la base de pigna ‘baratte’. Après tout, le babeurre en est drainé.
Le schéma suivant montre la famille de mots (flèches vertes), ainsi que les significations documentées (flèches rouges).
En ce qui concerne la motivation métonymique de la polysémie, on peut constater le transfert des désignations de la matière première naturelle vers des artefacts produits à partir de celle-ci de plus en plus complexes (récipient simple > appareil mécanique) jusqu’à la fonction liée à ceux-ci.
Cortelazzo, Manlio/ Zolli, Paolo (1979): Dizionario etimologico della lingua italiana, Bologna, Zanichelli
Bernardi, Rut/Decurtinis, Alexi/Eichenhofer, Wolfgang/Saluz, Ursina/Vögeli, Moritz (1994): Handwörterbuch des Rätoromanischen, Zürich, vol. 1-3, Offizin